Paris tu es magique et tragique, et c’est pour ça que nous t’aimons

Jeudi matin, lendemain de tragédie. La nuit, tourmentée, s’achève. Au réveil, la première image traversant mon esprit est le coup de patte de Sergi Roberto. Le but du 6-1. Celui de la mise à mort. Embrumé, hagard, je me trouve dans un état de confusion intense. Sonné, j’erre sans logique dans mon appartement. Seul, face à mon ordinateur, il me faut une bonne heure pour péniblement me mettre à travailler. Impossibilité de la pensée logique. Torture de l’ordonnancement des idées. Triste et abasourdi, j’écoute du Chopin. Le flot des notes de piano nourrit mon âme et berce mon coeur d’une mélancolie dangereuse mais réconfortante. Essayer de penser. Pour essayer de comprendre. Mettre des mots sur le désarroi. Sur la confusion. Le traumatisme.

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La veille, mes amis et moi qui avons regardé le match sommes passés par tous les états émotionnels. Anxieux avant la rencontre, stressés lorsque les premiers pions barcelonais ont été inscrits et lorsque nous jouions à l’envers. Euphoriques lorsque Cavani marqua ce fameux but à l’extérieur qui devait définitivement nous mettre à l’abri. Détendus voire blagueurs dans les minutes qui suivirent, sûrs de notre qualification. Interpellés quand les Catalans remirent la machine à marquer en route. Désarçonnés lorsque cela continua. Interdits devant ce sixième but. Puis abattus, abasourdis, vidés après le coup de sifflet final. Ambiance de mort. Atmosphère pesante. Tête basse, épaules voutées, nous nous jetions des regards d’incompréhension. Tremblants, nous cherchions une explication. C’était un cauchemar. Mais de ceux dont on ne se réveille pas.

En ce lendemain de tragédie, le plus dur n’est pas tant d’affronter les sarcasmes de supporters marseillais par ailleurs frustrés du niveau de leur propre équipe. C’est de bonne guerre. La honte qui prostre leur rival leur permet de vivre un peu de joie par procuration. Ils se découvrent d’un coup supporters du Barça. Ils me font de la peine finalement, le malheur des autres est leur seul bonheur. Non, le plus dur est de subir les moqueries de ceux qui ne comprennent pas le football. Ce jeu qui « n’est pas une question de vie ou de mort, mais bien plus que cela », comme l’a lancé un jour Bill Shankly, mythique entraîneur de Liverpool. Les dilettantes, les condescendants, les ignorants. Ceux-là, ils ne connaissent pas les émotions multiples que véhiculent l’engagement, l’amour et la passion pour un club. Ceux-là, ils ne comprendront jamais cet amour que nous te portons, Paris Saint-Germain.

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PSG. Trois lettres qui sonnent dans le coeur de nombreux supporters comme le symbole d’une identité tumultueuse. Un amour si souvent magique, mais aussi tant de fois déçu. Ah Paris ! Ce club si paradoxal, capable aussi bien d’emporter ses suiveurs dans la plus irrationnelle des joies que de les emmener dans un gouffre d’incompréhension. Le PSG est un concentré d’émotions. C’est ça qui le rend si beau, si tragique, si existentiel. La roche tarpéienne est proche du Capitole et le Parc des Princes est à mi-chemin.

Et finalement, c’est pour ça que nous t’aimons, Paris ! Nous qui t’avons connu dans tous les états, des plus glorieux aux plus minables. Toi le club des mythiques soirées européennes contre le Real, le Steaua, Chelsea. Toi, synonyme de fierté quand tu nous offres une série de victoires consécutives mémorables contre l’OM dans les années 2000. Toi qui lors de cette même décennie, nous fit subir en même temps tant d’humiliations, tant de désillusions, tant de frustrations. Toi l’équipe du but jouissif de Ronaldinho au Vélodrome et du but héroïque de Diané à Sochaux. Toi l’équipe des défaites inouïes contre Gueugnon, La Corogne et désormais Barcelone. Toi le club de la poudre de perlimpinpin de Luis et des chaussettes de Gros Serge. Toi, le club de Rai et de Boskovic, celui de Lama et d’Edel, de Ginola et de Coridon, de Sorin et d’Ateba, de Pauleta et de Pancrate. Des génies et des quiches. Des grands et des petits. Oui c’est pour cette délicieuse personnalité paradoxale que nous t’aimons, Paris ! Toi qui joue avec nos coeurs, toi qui nous rappelle que la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain, que rien n’est jamais acquis. Toi qui sais nous procurer tant de bonheur mais également tant de détresse. Qui par tes faiblesses et tes faits de gloire, nous raconte la complexité de l’existence. Toi qui est comme nous, Paris. Génial et pathétique, fort et faillible, sombre et lumineux. Toi qui est à l’image de la vie, en somme.

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Ces mots peuvent paraître paraître inopportuns, voire déplacés, pour ce qui concerne du sport. Je n’en ai cure. Aujourd’hui, comme tous les jours qui s’ouvrent sur ma vie de supporter, je fais miennes les paroles de Francis Borelli, regretté président du Paris Saint-Germain : « Qu’importe ! On pourra même me traiter de fou. Il n’y a que ces couleurs parisiennes qui illuminent mon coeur. »

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