Lyon : quand l’institution perd pied

Après une saison passée ponctuée par une deuxième place et un retour en Ligue des champions, l’Olympique Lyonnais connaît un début de saison tourmenté. Club habituellement loué pour la qualité de son management, il est actuellement traversé de soubresauts inhabituels. Alors que les résultats sportifs ne sont pas au rendez-vous, les turbulences en interne interrogent.

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C’est un paradoxe. Auparavant Lyon était un club connu et reconnu pour être une institution aux fondations solides. Incarnés par les personnalités charismatiques de Jean-Michel Aulas, son emblématique président et de Bernard Lacombe, le conseiller du premier et ancien attaquant de la maison, les principes étaient immuables et établis. En haut de la hiérarchie, la compétence managériale, la vision sportive sur le long-terme et la gestion économico-financière. En bas de l’échelle sportive, le talent des joueurs, leur discrétion médiatique et leur adhésion au « projet ».  As de la comm’ et pro du management, Jean-Michel Aulas régentait tout ce petit monde avec maîtrise. Les entraîneurs, eux, se succédaient, rentrant dans le moule préétabli par la direction.

Une bande de mecs sympas

Lyon était régulièrement cité en exemple de gestion humaine et économique tout en demeurant une équipe qui gagne. Après plusieurs années de disette suite à un emballement dépensier lors des mercatos estivaux de 2009 et 2010, l’OL a réussi l’année dernière une très belle saison. Pas de star dans cet effectif, mais une bande de jeunes espoirs formés au club. C’était devenu la nouvelle identité de marque de l’Olympique Lyonnais. Le collectif avant tout, la jeunesse rhodanienne au pouvoir. Un groupe uni, une équipe de copains, la joie de jouer ensemble.

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Et puis, tout s’est emballé. En fin de saison, la petite musique habituelle des transferts, des prolongations de contrats et des revalorisations salariales associées s’est faite entendre de plus en plus fort. Les joueurs, jeunes pour la plupart, sont venus toquer à la porte du bureau présidentiel avec leur agent. La ronde des demandes d’augmentation s’est mise en mouvement. Têtes d’affiche de cette agitation médiatico-sportive, Alexandre Lacazette, meilleur buteur du dernier championnat de France et Nabil Fékir, néo-international en Bleu au talent émergeant. Si le cas du second s’est au final assez vite réglé, celui du premier se révèle être une parfaite illustration des erreurs de management des dirigeants lyonnais au cours de l’été.

Pris entre le dilemme de réaliser un bon transfert et l’idée de garder encore une année supplémentaire son meilleur joueur pour le retour de son club en Ligue des champions, Jean-Michel Aulas a semblé jouer sa partition avec une naïveté à laquelle il n’avait jamais habitué les observateurs. Le joueur estimait devoir bénéficier du meilleur salaire du club en raison de l’importance qu’il avait pris dans l’effectif. Le président lyonnais accéda à la demande de revalorisation salariale de son joueur, tout en révélant le montant de ces nouveaux émoluments dans la presse, soit 320 000 euros nets par mois. Une manière, compréhensible, pour le président de faire entendre à ses joueurs que s’ils voulaient désormais être payés à une valeur qu’ils estimaient plus en adéquation avec leurs qualités, ils devaient en contrepartie assumer dorénavant ce nouveau statut.

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Une transparence et un franc-parler assez peu courants dans le football professionnel. D’aucuns parleront, non sans raison, d’un manque d’élégance. Si la démarche pouvait sembler fondée, quoique brutale, force est de constater que certains joueurs de football professionnel ont de plus en plus de mal à saisir les nuances et à intégrer la notion de sens des responsabilités. De leur côté, nombreux sont les dirigeants à ne pas toujours saisir la psychologie particulière de leurs salariés. Lacazette s’était ému de cette sortie dans la presse de la part de son président, laissant entendre qu’il pourrait éventuellement quitter le club si une offre venant d’un club étranger se présentait. Et ce, malgré sa nouvelle rémunération.

Dans un monde idéal

Généralement, en football, on a coutume de dire que quand les résultats vont, le vestiaire « vit bien ». Malheureusement, le début de saison lyonnais étant particulièrement décevant sur le plan sportif, le malaise Lacazette n’a pas tardé à ressortir. Principale cible des critiques, l’attaquant ne marque plus et évolue loin de son niveau de jeu de l’année dernière. Il déçoit. On pourrait s’attendre, dans un environnement professionnel normal, à ce qu’un salarié qui rencontre des difficultés à accomplir ses missions sollicite un entretien en privé avec son manager. Il lui ferait part de ses doutes du moment et s’en expliquerait. Son manager adopterait une démarche de compréhension, analyserait la situation et assurerait son collaborateur de son soutien. Les deux individus évoqueraient une méthode pour améliorer le rendement du salarié et établiraient un calendrier pour le rendu des tâches. Le directeur de l’entreprise, dans le cas où le vent du malaise chatouillerait ses oreilles, observerait la situation à distance, faisant directement ou par l’intermédiaire du manager passer le message que l’entreprise avait confiance en son salarié, preuve en était la revalorisation salariale accordée, et que celui-ci devait désormais rehausser son comportement professionnel au niveau de sa rémunération. L’épisode serait clos.

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Ceci cependant, aurait lieu dans un environnement professionnel normal. Or ici, il est question de football. Un univers qui n’obéit qu’à ses propres règles. Il n’en fallait pas plus pour ne pas être étonné de découvrir, un peu atterré quand même, les déclarations de Lacazette dans la presse française en début de semaine.

Je crois qu’on ne se comprend plus

« L’attitude de Jean-Michel Aulas m’a blessé et déçu. […] Il n’a jamais dévoilé les chiffres pour un autre joueur. J’avais décidé de rester, tout aurait dû être simple. […] Ça m’a miné, en fait. […] J’aurais préféré qu’il montre qu’il était derrière moi plutôt que de m’enfoncer encore plus». Déplaisant. « Je n’y suis pour rien, toute cette situation est de la faute de mon président», paraît déclarer en substance Lacazette. Le timing était étonnant de la part du joueur, alors que se profilait un match important pour son équipe en Ligue des champions. Il est toujours gênant de constater qu’un sportif professionnel choisisse de s’épancher dans la presse plutôt que de solliciter un entretien privé en interne avec son entraîneur. C’est une manière de mettre une pression pas forcément très saine sur son club. Un manque d’élégance, ici encore.

Déni de responsabilité, atermoiements, accusations infantiles, manque de respect face à l’institution et face à l’employeur,  tel pourrait être le résumé de la communication désastreuse de l’attaquant de l’OL. Maladresses à saisir la psychologie d’un joueur qui a besoin qu’on le mette en confiance, facilité déconcertante à sortir le chéquier pour proposer de larges primes et salaires sans que cela soit toujours fondé, mauvaise gestion de l’intersaison et communication dure, esquissent le fonctionnement des dirigeants ces dernières semaines.

Si ce n’est pas toi, c’est donc Hubert

Car dans cette affaire, les défaillances des deux parties semblent bien engagées. C’est finalement un double manquement qui explique les soubresauts actuels. Une défaillance  par le bas donc (incapacité du joueur à saisir la mesure de ses responsabilités, à assumer son nouveau statut, à faire profil bas quand le jeu s’enraye), mais aussi par le haut (échec des dirigeants à donner une direction, à dessiner une ligne claire et à réduire la part d’incertitude, à donner confiance à ses joueurs).

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Un des problèmes du football moderne est que les joueurs de foot sont starisés de plus en plus jeunes, de plus en plus vite. L’emballement médiatique se déchaîne très vite, la culture de l’instant ne permettant plus de transition progressive entre un statut d’espoir naissant  et de nouvelle pépite du football mondial. L’ascension, souvent projetée par des médias complaisants, est rapide. C’est le règne de l’immédiateté qui dicte les jugements et les actions des individus. Les dirigeants, par peur de devoir céder un élément majeur de l’effectif, s’emballent peut-être un peu vite en accordant des émoluments importants sans être sûrs de la pérennité de leur investissement. Les joueurs ne possèdent pas toujours les épaules pour supporter les responsabilités nouvelles résultant d’une ascension parfois fulgurante. La pression qui en découle se révèle souvent difficile à porter. La prise de responsabilité sportive doit pourtant souvent d’accompagner d’affirmation en tant que personne, dans le vestiaire et avec ses coéquipiers. Si le jeu des comparaisons est souvent un peu facile et parfois hasardeux, force est de constater qu’à un âge similaire, il y a une petite dizaine d’années dans le même club, Karim Benzema avait assumé ce rôle nouveau, en particulier en Ligue des champions. Il n’était certes pas entouré des mêmes joueurs. En terme d’expérience, son équipe était alors mieux fournie que la livraison 2015-2016 de l’OL. C’est peut-être ici que se trouve un des noeuds du problème : doit-on à ce niveau accorder les rôles majeurs de son équipe à des joueurs finalement relativement inexpérimentés ? N’y a-t-il pas trop de jeunesse dans cet effectif ?

De son côté, l’entraîneur de l’OL a pour sa part refusé de répondre à son joueur par médias interposés. Cette semaine, Hubert Fournier déclarait que « ce [qu’il aura] à lui dire, ce sera entre quatre yeux, de vive vois, de manière constructive ». Le fond de sa pensée, il le lui livrera en privé. Comme le font les personnes responsables.

Crédits photo : So Foot ; L’Equipe ; Foot01

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