Le changement, c’est pour quand?

Ce devait être l’opération du rachat. Ce fut celle de la confirmation que quelque chose ne tournait vraiment pas rond dans cette équipe de France. Après les scandales ayant émaillé les compétitions internationales des Bleus, dont l’affaire du bus de Knysna fut le point d’orgue il y a deux ans, cet Euro 2012 en Ukraine et en Pologne avait en partie pour objet la refondation de l’image du groupe France. Au-delà des prestations sportives, l’équipe avait pour mission de communiquer sur des valeurs retrouvées et de transmettre un message de rassemblement à son public. Finis, les joueurs s’estimant au-dessus de la hiérarchie. Plus d’insultes disproportionnées à la Anelka à l’encontre de son coach. Fini également l’irrespect des joueurs envers leurs coéquipiers. Plus de provocations donc; à la Nasri contre Henry, ou à la Ribéry-Evra versus Gourcuff. Tout cela, ç’allait bientôt être du passé. On allait voir ce qu’on allait voir. On a vu.

La ritournelle

Déjà, l’atmosphère suspecte dans laquelle s’est déroulée l’annonce de la non-sélection de Gourcuff nous avait mis la puce à l’oreille. En grattant un peu le vernis, on se demandait si ce choix n’était pas aussi dicté par l’impossibilité du joueur à se fondre dans un groupe où certains « rescapés » d’Afrique du Sud disposaient encore d’un pouvoir trop large. Mais les joueurs restant semblaient unanimes, Benzema et Ribéry en tête : « Gourcuff est un type bien, qu’on apprécie tous, c’est dommage mais il est blessé, c’est comme ça ». Pas dupe, mais saluant la qualité du media training, on se prit à vouloir y croire.

Lors des matches de préparation, la communication des Bleus fut axée sur le tissage de liens avec les supporters. Au Mans, les joueurs français, dans un beau coup de com’, brandissaient une banderole stipulant qu’ils allaient jouer « pour le public » à l’Euro. Il faut avouer que le geste s’avérait efficace. A quelques jours du début de la compétition, les Français recommençaient à aimer leur équipe. Lors du premier match contre l’Angleterre, on attendait donc confirmation, sur le terrain, de la nouvelle orientation comportementale adoptée par les Bleus.

Chassez le naturel…

Il n’a pas fallu attendre très longtemps pour qu’un geste, un seul, vienne semer le doute sur ces bonnes intentions. Lorsque Nasri « célébra » à sa façon le but égalisateur en assénant un « ferme ta g… » aux médias français, on compris que les premières craquelures apparaissaient, bien vite. Le match suivant vit une belle équipe de France disposer de l’hôte ukrainien. Se racheter par le jeu, c’est encore la meilleure communication possible dans le sport.

Satisfaction de courte durée car la France perdit piteusement son dernier match de poule contre une Suède déjà éliminée. Manque d’envie, manque d’allant, manque de motivation. Manque d’identité de jeu. D’identité tout court. Les Bleus renvoyaient une image molle, renfermée voire négative. Comme si cela ne suffisait pas, on rapporta après le match de nouveaux incidents. De vestiaire cette fois-ci. Les joueurs, dans leur majorité, ont reproché à Nasri son attitude indolente et son manque d’application dans sa conduite de balle. On aurait tendance à minimiser de telles disputes, voire à ne pas les évoquer, tant c’est le lot de n’importe quel groupe de subir des tensions internes. On peut même juger cela sain et naturel. Les grandes épopées se construisent avec du caractère et les grandes équipes se forgent dans l’adversité. On rappellera que même Beckham, loué par tous pour son professionnalisme, fit un jour les frais d’un lancé de chaussure en pleine tête de la part de Sir Alex Ferguson, immense entraineur de Manchester United.

« L’épisode du vestiaire de France-Suède », appelons-le ainsi, ne nous semble cependant pas relever de la simple explication de jeu entre partenaires. D’abord parce que la France ne possède pas de joueurs de l’envergure de Beckham. Ensuite parce que les plus turbulents des très grands joueurs de l’Histoire –Maradona, Gascoigne, Romario…- ont toujours respecté et ont toujours été respectés par leur équipe. Lorsque Ben Arfa prend son téléphone alors que son entraineur sermonne son équipe, que celui-ci le lui reproche avec véhémence, et qu’enfin le joueur propose à son interlocuteur qu’il peut rentrer à la maison si son comportement ne lui plaît pas, on sort clairement du cadre classique de l’embrouille de vestiaire.

Après cette succession de frasques, on ne fut finalement même pas surpris de l’addition du dernier match, contre l’Espagne. Frilosité, absence d’abnégation et mauvais esprit. Ménez rembarrant sèchement son capitaine Hugo Lloris qui lui demandait de se repositionner, puis M’Vila refusant de serrer la main de Blanc et de Giroud lorsque celui-ci le remplaça en cours de match. Nasri ensuite, toujours, inévitablement, qui répondit avec une violence verbale inouïe à un journaliste, qui le provoqua il est vrai. L’ensemble de l’équipe enfin, qui, mis à part Diarra et M’Vila (se rachetant), ne salua pas les supporters venus l’accueillir à son retour à l’aéroport du Bourget.

Frère Laurent, ne vois-tu rien venir?

Alors, quelle communication adopter face à une telle situation ? D’abord, de la part des dirigeants, exprimer un discours de vérité. Ne pas se « voiler la face ». C’est-à-dire reconnaître qu’un ressort est cassé dans cette équipe, et depuis bien trop longtemps pour que l’on puisse considérer cela comme un épiphénomène temporaire ou une erreur de parcours malencontreuse.

Ceci exposé, Le Graët et Blanc, respectivement président de la Fédération et sélectionneur, puisque c’est d’eux dont il s’agit, doivent tirer les conséquences de ce constat d’échec. Prendre des sanctions claires et fortes. Montrer que cela ne doit pas se reproduire, et que cela ne se reproduira pas. En se rappelant que c’est déjà ce qui avait été dit en 2010, pour le résultat que l’on sait. Alors, pour vraiment marquer le coup et constituer un symbole fort, exclure Nasri de l’équipe de France. Mais contrairement à Anelka, qui s’était vu tenu à l’écart pendant treize matches alors qu’il était de toute façon en fin de carrière, ici, exclure Nasri à vie. Il ne s’agit pas d’en faire un martyr, ni de le vouer aux gémonies. Il est simplement question de considérer qu’avec le nombre d’épisodes grotesques qui se sont succédés depuis 2008, l’excuse du coup de sang momentané et sans lendemain n’est plus valable.

Lorsqu’une entité veut transmettre un message clair et distinct, elle doit montrer à l’extérieur qu’elle est suffisamment solide pour encaisser les conséquences de décisions fortes. Il ne peut plus y a voir de place pour l’entre-deux, pour le flou qui constitue le pire « bruit » pour transmettre un message. La FFF ne peut plus se permettre d’être laxiste, comme elle le fut après Knysna en décidant de conserver malgré tout les principaux agitateurs de l’époque, Evra et Ribéry, entre autres, pour ne pas les nommer.

Pourquoi pas également, comme Cesare Prandelli l’a entrepris pour la sélection italienne, faire adopter une charte de bonne conduite. Pas un texte mièvre, mais un code interne de bonnes pratiques. Bonnes pratiques avec les médias, avec le public, et avec le staff. Comme le rappelait Grégory Coupet, les joueurs gagnent de telles sommes d’argent qu’ils doivent être en mesure de gérer les différentes pressions, médiatiques et populaires, sans soubresaut. Le football est au cœur d’un système médiatico-politique au sein duquel ses principaux acteurs doivent savoir maîtriser les bases de la communication.

Ensuite, remettre l’institution équipe de France au-dessus de toutes les considérations individuelles. C’est le même Prandelli qui, alors que certains de ses joueurs étaient soupçonnés d’avoir trempé dans des affaires de paris truqués juste avant le début de l’Euro, affirmait sans détour que pour le bien du football italien, il était prêt à annuler la participation de sa sélection à la compétition. Préserver l’image de la marque, ne pas corrompre ses acteurs, éviter de brouiller l’identité de l’institution, et par extension de ses parties prenantes.

Enfin, entreprendre une vraie réflexion sur le jeu, car au fond, c’est bien l’essentiel. Quelle stratégie, quelle formation, quelle identité tactique développer sur le terrain ? Il est à signaler que sur les quatre équipes qualifiées pour les demi-finales de l’Euro, trois (Espagne, Allemagne, Italie) ont effectué ces dernières années une véritable refonte de leurs fondamentaux de jeu. De marque. Car la communication ne fait pas tout. Elle cherche à potentialiser un certain nombre de paramètres et d’atouts qui doivent être cristallisés sur le terrain par l’attitude et les résultats. Vaste chantier.

Crédits photos: Sud Ouest ; 20 Minutes ;  Football News

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