Maman, j’ai raté Gourcuff

Voilà, c’est fait. Hier, à 11h30 pétantes, le sélectionneur de l’Equipe de France Laurent Blanc a joué son rôle de « Président » et a renvoyé deux de ses joueurs présélectionnés. Le défenseur Mapou Yanga-Mbiwa  et le milieu Yoann Gourcuff. Concernant le premier, la communication de son éviction ne se discute pas. Le récent champion de France avec Montpellier est jeune, c’est tombé sur lui, cela aurait pu tomber sur, au hasard, Matuidi ou Martin. Si cela pose des questions quant au bien-fondé de ne partir qu’avec sept défenseurs et non huit, cette considération relève d’un aspect purement tactique, qu’on ne discutera pas ici. Ce dont on aimerait parler, c’est de la manière dont Laurent Blanc a géré ce qu’il faut bien appeler le « cas » Gourcuff.

On n’entend pas ici débattre du niveau de football que possède actuellement le joueur. Laurent Blanc, technicien, effectue des choix en fonction de considérations techniques et tactiques qu’on peut juger pertinents ou non, tout comme on peut estimer justifié que Gourcuff ne fasse pas partie de la sélection pour l’Ukraine et la Pologne. Gourcuff, entre son arrivée et son départ dans le groupe, a joué 65 minutes d’une facture plutôt honnête contre l’Islande. C’est peu, voire insuffisant pour jauger de l’état de forme d’un joueur. Tout juste dira-t-on que Gourcuff, comparé à certains de ses coéquipiers, n’a pas démérité dans ce match.

L’éclat et le marasme

Yoann Gourcuff, fils de, playboy plébiscité par les mères de famille, Têtu et les jeunes demoiselles. Joueur réservé, certains ont dit hautain. Mais surtout, avant tout, très bon technicien, doté d’une conduite de balle vivace et d’une capacité à porter offensivement son équipe. Un numéro 10 à l’ancienne en puissance, un Platoche du XXIème siècle. Ça c’était avant. Avant Knysna, avant Lyon, avant le transfert à 22 millions d’euros, avant Claude Puel. Depuis deux ans, Yoann Gourcuff s’est perdu, victime tour à tour de son incapacité à passer un cap et à répondre aux attentes placées en lui, mais aussi victime de choix tactiques défavorables, de la pression et d’un contexte général pesant autour de lui.

Car en effet, pourquoi prendre un joueur tant décrié depuis deux ans et qui sort d’une mauvaise saison, pour le renvoyer deux semaines après ? En football comme dans n’importe quel autre sport, l’aspect mental est fondamental. En football comme dans tout sport collectif, le relationnel avec ses coéquipiers et son staff l’est tout autant. Et force est de constater que Gourcuff n’était pas le plus à l’aise dans ce groupe France. Contrairement à ce qu’on pu laisser entendre certains joueurs, il demeurait à part, isolé. Contesté par le monde du football, Gourcuff l’était aussi par le monde médiatique et une bonne partie du public français. D’où l’incompréhension générale qui s’est manifestée lors de l’annonce de sa convocation dans la première liste. En présélectionnant Gourcuff, Blanc savait qu’il prenait un joueur qui au vu de ses performances depuis deux ans ne le méritait pas. En l’appelant malgré tout, Blanc s’exposait aux railleries et aux critiques. Gourcuff apparaissait comme le « chouchou », le protégé à qui on laisse tout passer.

 Flou et incohérence

Cependant, une fois l’incompréhension passée, on se dit que Laurent Blanc a une idée derrière la tête, et une idée bien ancrée. Laurent Blanc a fait un pari. Celui de requinquer en quinze jours celui qui fut le génial artisan du titre des Girondins de Bordeaux en 2009. Une telle démarche nécessite d’être entourée d’une bonne communication. Pour résumer, Laurent Blanc a effectué un choix très risqué en convoquant un joueur très controversé, dans un environnement négatif. C’est justement l’appréhension de ce contexte qui semble maladroit, voire incohérent, dans la communication du sélectionneur national à son sujet. Laurent Blanc a beau prétexter une blessure au dernier moment du joueur à la cheville, ce qui ressort de sa justification est surtout l’impression d’un grand flou. En affirmant « il y a trop d’incertitudes » et « il y a trop de si », le sélectionneur confirme que le facteur physique n’est pas le seul en cause. Les doutes sont multiples et les vents sont contraires.

Une communication pertinente aurait pu être basée sur deux choses très simples : la clarté et la cohérence. Et la clarté et la cohérence nécessitaient que Gourcuff soit pris définitivement à partir du moment où il était présélectionné. Sinon, il était totalement inutile de l’appeler. Il aurait fallu une approche claire dès la départ et s’y tenir jusqu’au bout. Pour donner une orientation stratégique, il faut apparaître sûr de ses convictions. Pas de place pour l’hésitation, le doute, les balbutiements. En empruntant un chemin risqué et improbable, Blanc s’est enfermé tout seul dans une situation inconfortable. La seule issue logique consistait à continuer dans cette voie et à aller au bout de ses idées. Assumer ses choix, pour en faire émerger cohérence et solidité. Mourir pour ses idées, comme disait l’autre.

Cela n’a pas été le cas. C’est très dommageable pour le joueur. Mais cela pourrait aussi l’être, indirectement, pour le groupe. Un tel revirement de la part du sélectionneur pourrait le fragiliser dans sa gestion des hommes. Un effectif est difficilement réceptif à un entraîneur qui montre qu’il hésite dans ses choix et ne sait pas vers quel cap s’orienter. Un tel revirement pourrait aussi signifier à nouveau, comme en Afrique du Sud en 2010, la victoire des joueurs qui ne voulaient pas de Gourcuff, et leur prise de pouvoir partielle sur l’Equipe de France. A Blanc de communiquer désormais sur un projet de jeu clair et de signifier une cohérence dans sa gestion de groupe.

Crédits photos: goal1.fr ; Le Républicain Lorrain

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