Roland-Garros, une affaire si française

Tous les ans, Roland-Garros se déroule dans un environnement bien particulier. Couleurs, climat, cadre, contribuent entre autres à créer une atmosphère spéciale propre à ce tournoi. Cette alliance superbe de l’ocre de la terre battue, surface lente qui tranche avec la rapidité des autres tournois du Grand chelem, avec le vert des gradins et des jardins d’Auteuil alentours. Ce climat de début de l’été, lors duquel le soleil baigne les courts d’une chaleur lénifiante et d’une luminosité marquée, ambiance certes interrompue par l’inévitable « journée-sous-la- pluie-de-la-Quinzaine ». Et ce lieu privilégié, implanté autour de la Porte d’Auteuil, dans l’Ouest parisien du cossu XVIème arrondissement, secteur guindé et sportif, qui accueille également le Parc des Princes, le stade Jean-Bouin et l’Hippodrome.

L’image de marque de Roland-Garros, c’est l’alliance de l’histoire du sport avec une certaine identité parisienne. Roland-Garros est d’abord une affaire d’élites. Elite sociale et élite sportive.

Car les Internationaux de France s’inscrivent dans un héritage fort de l’histoire du tennis et de l’art de vivre français.

Un asset historique

Elite sportive, donc. En 1927, les quatre joueurs René Lacoste, Jean Borotra, Henri Cochet et Jacques Brugnon, remportent la Coupe Davis face aux Américains. Un exploit répété cinq années d’affilées, et qui inscrit la légende des « Mousquetaires » dans l’esprit du tennis français. Désormais, le trophée délivré au vainqueur du tournoi porte leur nom. Les « Mousquetaires », un terme qui renvoie une tradition typique du pays, à une époque ou des soldats combatifs, solidaires et élégants défendaient leur roi en toute circonstance. Le chic et la classe, on vous dit, saupoudré d’esprit sportif, frondeur et volontariste.

Et puis, il est à noter que le dénommé Roland Garros n’avait rien à voir avec le tennis. Il s’agit d’un aviateur mort au combat pour la France lors de la Première Guerre. Un élément qui nourrit encore un peu la dimension « héroïque » et tricolore attribuée au tournoi.

Un asset chic

Parmi les quatre héros fondateurs du mythe, l’un d’eux porte un nom maintenant indissociable de la mode française. René Lacoste, puisque c’est bien sûr de lui qu’il s’agit, profite de la notoriété soudainement gagnée pour lancer sa propre ligne de vêtement, portée dès le début par le fameux polo, censé allier élégance et praticité.

Acte symbole de l’alliance, déjà, du marketing et du sport, au moment où Fred Perry, tennisman britannique de son état, sort lui aussi ses shirts au laurier. Le positionnement stratégique de la marque au crocodile, dont la signature actuelle est « unconventional chic », est un angle d’approche intéressant pour appréhender l’identité du French Open. Tout en se renouvelant, avec des lignes plus cintrées et des coloris audacieux, les collections Lacoste conservent et consacrent, comme Roland-Garros, cet asset de plaisir chic. Visants une cible aisée, les vêtements crocos reflètent une image BCBG certes, mais dynamique et sportive, haut-de-gamme et active. Elite sociale, donc.

Tout ça pour dire que dès son origine, le tournoi de la porte d’Auteuil puise sa source dans une identité française spécifique.

L’exploit courtois

Alors évidemment aujourd’hui, peu de spectateurs savent précisément qui fut l’homme ayant prêté son patronyme à la compétition, ni ne savent vraiment l’histoire de nos Athos, Porthos, Aramis et D’Artagnan tennistiques.

Cependant on continue de retrouver les éléments fondateurs. Roland-Garros, c’est de nos jours une marque à l’image élégante, traditionnelle et sportive. Le tournoi est un lieu prisé pour alimenter son business, et un nombre considérable d’entreprises « offrent » à leurs clients et partenaires de passer un après-midi sur le court, après un déjeuner d’affaire pris dans les salons VIP feutrés du « Village ». Les Relations publiques rapportent chaque année 33 millions d’euros au tournoi.

Dans les gradins, la clientèle, outre le tiers de licenciés de la Fédération qui les garnissent, est composée, pour une bonne part et en caricaturant un peu, de la bourgeoisie de l’Ouest parisien au sens large, et de people attirants les regards. Aviator vissées sur le nez, chemise Ralph Lauren ouverte et canotier beige sur la tête, on vient profiter d’un moment de relaxation chic et décontractée, loin du tumulte des bureaux de la Défense.

La marque RG, c’est un certain style de vie, qui allie des valeurs d’élégance, d’hédonisme et de tradition. C’est un dandisme sportif, un sportif chic. C’est le charme un peu snob d’une joie tour à tour expressive et retenue, loin du débordement de bruit et de fureur de l’entertainement new-yorkais de Flushing Meadows, par exemple. La French touch, quoi.

Une réflexion au sujet de « Roland-Garros, une affaire si française »

  1. Ping : Vous prendrez bien un peu de verdure? | le système du jeu

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s